Ce vide que rien ne comble : mon quotidien avec le trouble borderline
Julie témoigne de ce vide intérieur constant qui accompagne son trouble borderline. Une sensation incompréhensible pour beaucoup, mais bien réelle pour elle.
Son histoire, faite de doutes, de combats invisibles et de petites victoires, montre que même sans solution miracle, il est possible d’avancer autrement.
Je m’appelle Julie, j’ai 28 ans, je vis à Lyon, je travaille comme assistante dans une petite boîte de transport. C’est un job que je fais bien, paraît-il. Ponctuelle, sérieuse, efficace. Personne ne se doute de ce qui se passe à l’intérieur. Personne ne voit ce vide qui m’habite depuis aussi loin que je me souvienne.
Je n’ai jamais su expliquer ce que c’était vraiment. Ce n’est pas de la tristesse. Ce n’est pas de la fatigue. C’est plus profond, plus silencieux.
« Ce vide, ce n’est pas de la tristesse. C’est l’absence de quelque chose que je n’ai jamais eu. »
C’est comme vivre avec un trou en soi, un manque que rien ne comble, même les plus belles choses. Comme si quelque chose m’avait été enlevé à la naissance, et que je passais ma vie à chercher ce morceau perdu.
J’ai longtemps cru que l’amour pourrait remplir ce vide.
J’ai eu plusieurs relations. Des hommes gentils, parfois. D’autres beaucoup moins. Mais à chaque fois, je m’accrochais comme si ma vie en dépendait. Au début, c’est passionnel, intense. Je me sens vivante, entière. Puis vient l’angoisse. L’impression de ne pas être assez, ou d’être trop. La peur qu’il parte. Alors je deviens jalouse, envahissante, je teste, je repousse, je supplie. Et un jour, il s’en va. Et je me retrouve encore plus vide qu’avant.
J’ai toujours ce souvenir en tête : moi, assise sur le sol de ma salle de bain, en pyjama, à envoyer des messages que je regrette aussitôt. À hurler sans bruit. À m’effondrer pour un mot, un silence, un regard. Et à me haïr ensuite de ne pas savoir me contenir.
On m’a diagnostiquée borderline à 25 ans. Avant ça, je croyais juste que j’étais folle ou mauvaise. Le mot a été un soulagement. Il mettait une lumière sur ce que je vivais. Mais il m’a aussi fait peur. Est-ce que j’allais devoir vivre comme ça toute ma vie ? Est-ce que je pouvais aimer sans détruire ? Être aimée sans être abandonnée ?
Le vide intérieur, c’est ce qui m’a menée à faire des choix que je regrette encore. Des conduites à risque, des prises de tête inutiles, des gens toxiques que j’ai laissés entrer parce qu’au moins, eux, ils étaient là. Même mal, même trop.
J’ai perdu des amis qui ne comprenaient pas. Qui me trouvaient « dramatique », « trop intense », « épuisante ». Je les comprends, parfois. Moi-même, je ne me supporterais pas toujours. Alors j’ai appris à cacher. À jouer le rôle. À sourire. À ne pas dire quand je me sens vide. Parce que ça ne se voit pas, le vide. Et quand on en parle, les gens pensent qu’on exagère.
J’ai essayé de le combler, ce vide. Par les réseaux sociaux, les séries, la nourriture, les achats impulsifs. Tout ce qui donne une sensation immédiate. Mais rien ne tient. Au bout d’un moment, je retombe. Et c’est pire, car je me dis que je suis incapable de me contenter de ce que j’ai.
Depuis un an, j’ai commencé une thérapie dialectique. Pas facile tous les jours. Mais j’apprends à ne plus fuir ce vide. À ne plus le voir comme un monstre. À le regarder en face, à respirer avec lui. Je découvre que je peux rester seule sans mourir. Que je peux être triste sans m’effondrer. Que je peux aimer sans me perdre.
Mon compagnon actuel n’est pas un héros. Il ne me sauve pas. Et c’est ce que j’aime. Il ne cherche pas à me réparer. Il m’écoute, il pose ses limites, il me rappelle que je suis capable. Ce n’est pas parfait. Il y a des jours où je me referme, où je le repousse. Mais il y a aussi des jours où je ris sans avoir peur que ça s’arrête. Et ces jours-là, je les savoure.
Je commence à créer une vie qui ne tourne pas autour du vide. J’ai repris le dessin. Je me promène seule, parfois. J’apprends à dire non, à dire j’ai besoin d’aide. Je commence à me dire que je mérite autre chose que de survivre.
Ce témoignage, je l’écris pour moi. Pour me rappeler d’où je viens. Et pour ceux qui ressentent ce vide, mais n’ont pas encore trouvé les mots. Ce n’est pas votre faute. Vous n’êtes pas seuls. Ce que vous ressentez est réel. Et non, il n’y a pas toujours une solution miracle. Mais il y a des petits pas. Des personnes qui comprennent. Des outils qui aident. Et des jours où on respire mieux.
Aujourd’hui, je suis toujours borderline. Je suis toujours Julie. Je suis encore en chemin. Mais je ne cherche plus à combler ce vide. J’essaie d’y faire de la place. De m’y installer doucement. Et de construire une vie autour de lui, pas contre lui.
Julie_C
💜 Le petit mot de l’équipe
Un immense merci à Julie pour son témoignage sincère et bouleversant.
Mettre des mots sur ce vide intérieur, sur ce sentiment diffus mais oppressant de manque permanent, demande une force immense et beaucoup de lucidité.
Son histoire nous rappelle qu’on peut apprendre à vivre avec ce vide, à ne plus le fuir, et qu’avec du temps, de l’aide et de la douceur, on peut construire malgré tout une vie qui a du sens.
Julie n’est pas la seule à avoir mis des mots sur ce vide intérieur. Lydia_D, elle aussi, a partagé ce sentiment profond d’absence et de confusion, dans un témoignage tout aussi bouleversant.
👉 Découvrir le témoignage de Lydia_D
👉 Pour mieux comprendre ce phénomène, retrouvez aussi notre article :
Vide intérieur chez le borderline : causes et apaisement
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Ces capsules ne cherchent pas à te “changer”, mais à mettre des mots sur ce que tu vis, parfois quand c’est difficile à formuler soi-même.

