Témoignage d’Alexis_R — Peur de l’abandon et reconstruction

Toujours sur le fil, entre fusion et abandon

Alexis témoigne de cette peur de l’abandon qui traverse toute sa vie, comme une ombre persistante.
Rejeté après son coming-out, il raconte comment cette blessure a façonné ses relations, entre fusion, panique et solitude.
Son histoire, faite de sensibilité, de doutes et de courage, montre qu’on peut apprendre à aimer autrement, sans se perdre à chaque fois que l’autre s’éloigne.


Je m’appelle Alexis, j’ai 30 ans, et si j’écris aujourd’hui, c’est parce que j’en ai marre de faire semblant.
J’ai toujours eu besoin d’aimer fort, trop fort peut-être. Et surtout, besoin d’être aimé en retour, vite, complètement, tout de suite. Parce qu’au fond, j’ai toujours peur qu’on m’abandonne.

Je suis gay, et borderline. Deux mots qui, mis côte à côte, expliquent beaucoup de choses sur ma vie.
Mon coming out s’est passé comme un petit tremblement de terre. Ma mère a pleuré en silence, mon père, lui, n’a rien dit. Il a juste quitté la pièce. Je ne l’ai plus entendu me parler pendant des semaines.
C’est fou comme le silence peut peser plus qu’une insulte.
J’avais 19 ans, et j’ai cru ce jour-là que je venais de perdre mon père pour toujours.
Alors j’ai fait ce que font beaucoup de gens comme moi : j’ai cherché ailleurs ce que je ne trouvais plus à la maison.

J’ai découvert la vie gay à Paris. Les bars, les applis, les rencontres qui commencent par un “t’es dispo ?” et finissent souvent par un silence le lendemain.
Mais moi, je ne cherchais pas juste un corps. Je cherchais un regard qui reste.
J’ai souvent ri trop fort, parlé trop vite, dansé jusqu’à en perdre la voix. J’étais le mec drôle, celui qu’on adore dans une soirée. Mais quand la musique s’arrêtait, il ne restait plus grand-chose.
Juste moi, et ce vide. Ce besoin désespéré que quelqu’un m’envoie un message, même un mot, juste pour me rappeler que j’existe encore.

La peur de l’abandon, c’est comme une alarme dans ma tête.
Dès que quelqu’un me plaît, elle se déclenche.
Je commence à anticiper la fin avant même que ça commence.
Je deviens excessif : je veux tout, tout de suite. Les mots doux, les messages, la présence, les preuves. Et quand l’autre prend un peu d’air, je panique. Je vérifie, je relance, j’insiste, jusqu’à l’étouffer.
Et quand il finit par partir, je me dis : “Tu vois, t’avais raison, tout le monde finit par te quitter.”
C’est un cercle vicieux. Je le sais, et pourtant je recommence.

J’ai eu une relation importante il y a quelques années.
Il s’appelait Thomas. Plus posé, plus âgé. Il m’apaisait.
Pendant quelques mois, j’ai cru que j’avais trouvé ce que j’attendais depuis toujours : un amour stable, simple, rassurant.
Et puis un soir, il m’a dit qu’il avait besoin de “souffler”.
Je me souviens avoir senti la terre se dérober sous mes pieds.
Je lui ai dit que c’était fini, avant qu’il ne le fasse. J’ai claqué la porte, pleuré toute la nuit, puis je lui ai envoyé vingt messages.
Le lendemain, j’avais honte. Et vide. Comme toujours.

« Chez moi, aimer, c’est avoir peur chaque minute que ça s’arrête. »

Je crois que le rejet de mon père a creusé quelque chose en moi.
Depuis ce jour, j’ai du mal à croire qu’on puisse m’aimer sans condition.
Je suis devenu celui qui séduit d’abord, qui amuse ensuite, et qui s’effondre quand il se sent oublié.
Je ne sais pas si c’est lié à ma sexualité, à mon trouble, ou juste à mon histoire, mais je me sens souvent “en trop”. Trop sensible, trop présent, trop différent.

La peur de l’abandon, c’est aussi ce qui m’a poussé à me perdre dans des relations éphémères.
Je confondais l’attention avec l’amour, le désir avec la tendresse.
Et quand quelqu’un me disait “je ne veux pas de relation sérieuse”, j’entendais quand même “peut-être plus tard”.
Je me racontais des histoires pour ne pas affronter le vide.

Depuis un an, je vois une psy.
Au début, je me disais que ça ne servirait à rien. Que j’étais condamné à vivre dans cette boucle d’attente et de manque.
Mais petit à petit, j’ai compris que je ne voulais pas guérir de ma sensibilité, juste apprendre à la vivre autrement.
Je ne veux plus courir après l’amour comme s’il devait me sauver.
Je veux apprendre à rester, même quand l’autre s’éloigne.
À respirer, même quand je me sens oublié.

Je recommence à parler à mon père, un peu.
Des messages courts, maladroits, mais c’est un début.
Je crois qu’il ne sait pas comment me dire qu’il regrette.
Et moi, je ne sais pas encore comment lui pardonner.
Mais c’est déjà moins lourd qu’avant.

Aujourd’hui, j’ai encore peur qu’on m’abandonne, oui.
Je le sens dans mon ventre à chaque fois que quelqu’un me plaît.
Mais maintenant, je ne laisse plus cette peur tout décider.
J’essaie de la regarder, de la nommer.
Et parfois, juste parfois, elle se tait.

Je ne suis pas “guéri”. Je n’ai pas trouvé la paix.
Mais je sais au moins d’où vient cette peur.
Et ça, c’est déjà un début.


💜 Le petit mot de l’équipe

Merci à Alexis pour ce témoignage d’une rare sincérité.
Son histoire nous rappelle à quel point la peur de l’abandon peut modeler une vie entière — surtout lorsqu’elle se mêle au rejet, à la différence, et au besoin d’aimer profondément.
Son parcours montre aussi qu’oser parler, consulter, et ne plus se cacher derrière les apparences, c’est déjà commencer à guérir.

👉 Pour aller plus loin, découvrez notre article :
Peur de l’abandon chez le borderline : d’où vient-elle et comment la comprendre ?

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