Ça fait quoi d’avoir l’impression d’être « trop » quand on est borderline ?

Ça fait quoi d’avoir l’impression d’être « trop » quand on est borderline ?

« Tu es trop sensible. »

« Tu réagis toujours trop fort. »

« Avec toi, tout devient compliqué. »

À force d’entendre ces phrases, certaines personnes finissent par ne plus seulement penser que leurs émotions sont trop intenses.

Elles commencent à croire qu’elles sont elles-mêmes « trop ».

Trop compliquées.

Trop envahissantes.

Trop difficiles à aimer.

Alors, elles essaient parfois de parler moins, de ressentir moins et de prendre moins de place pour ne pas fatiguer les autres.

Le témoignage qui suit raconte cette peur particulière : celle de devoir se faire plus petit pour que les personnes que l’on aime aient encore envie de rester.

Parce que derrière l’impression d’être « trop »…

se cache souvent quelqu’un qui a peur de ne jamais être assez facile à aimer.


Témoignage : avoir l’impression d’être « trop » quand on est borderline

Angélique, 31 ans

Pendant longtemps, j’ai pensé que le mot qui me décrivait le mieux était « trop ».

Trop sensible.

Trop intense.

Trop attachée.

Trop compliquée.

Je ne saurais même plus dire quand j’ai commencé à le croire.

Peut-être après avoir entendu plusieurs fois que je prenais tout trop à cœur.

Ou après cette relation dans laquelle on me répétait que je transformais toujours les petites choses en drames.

Au début, je pensais seulement que je devais apprendre à mieux me contrôler.

Alors j’essayais.

Quand une remarque me blessait, je ne disais rien.

Quand quelqu’un mettait plusieurs heures à répondre à mon message, je posais mon téléphone loin de moi pour éviter de regarder l’écran toutes les deux minutes.

Quand j’avais besoin d’être rassurée, j’écrivais ce que j’avais envie de dire…

puis j’effaçais tout.

Je pouvais passer dix minutes à rédiger un simple message.

Je changeais un mot.

J’enlevais une phrase.

Je rajoutais un smiley pour ne pas avoir l’air froide.

Puis je supprimais le smiley parce que j’avais peur d’en faire trop.

Et parfois, je finissais par ne rien envoyer du tout.

Je voulais tellement éviter d’être pesante que je devenais silencieuse.

Mais à l’intérieur, rien n’était silencieux.

Je pouvais être assise à une table avec plusieurs personnes, sourire au bon moment et participer à la conversation.

Puis quelqu’un répondait un peu plus sèchement que d’habitude.

Et je n’entendais presque plus rien de ce qui se disait autour de moi.

Je me demandais immédiatement si j’avais parlé trop longtemps.

Si j’avais dit quelque chose de déplacé.

Si j’avais encore pris trop de place.

Les autres passaient à autre chose.

Moi, je rentrais chez moi avec cette scène dans la tête.

Je la rejouais sous tous les angles.

Je me souvenais de mon ton.

Du regard de la personne.

De la seconde de silence après ma phrase.

Et plus j’y pensais, plus j’étais certaine d’avoir gâché la soirée.

Le lendemain, il m’arrivait d’envoyer un message pour m’excuser.

La personne me répondait souvent :

« Mais tu t’excuses de quoi ? »

Et je me sentais encore plus ridicule.

Parce qu’apparemment, il ne s’était rien passé.

Sauf que, pour moi, quelque chose s’était réellement passé.

J’avais ressenti la peur d’être rejetée comme si elle était déjà devenue vraie.

Dans mes relations amoureuses, cette impression d’être trop prenait encore plus de place.

Quand j’aimais quelqu’un, je ne savais pas aimer à moitié.

J’avais envie de partager mes pensées, mes peurs, les détails de ma journée.

J’avais envie de sentir que nous étions proches.

Mais dès que je montrais trop ce besoin, j’avais honte.

Alors je pouvais passer d’un extrême à l’autre.

Un soir, j’envoyais plusieurs messages parce que j’avais besoin de comprendre ce qui se passait.

Le lendemain, je devenais distante pour donner l’impression que je m’en fichais.

Je disais :

« Laisse tomber. »

Alors qu’au fond, j’espérais qu’on me réponde :

« Non, je ne laisse pas tomber. Je suis là. »

Mais tout le monde ne comprenait pas ce que je voulais dire derrière mes mots.

Et je ne pouvais pas leur en vouloir.

Moi-même, je ne comprenais pas toujours pourquoi je repoussais les personnes au moment précis où j’avais le plus besoin d’elles.

Après certaines disputes, je relisais mes messages et je ne me reconnaissais plus.

Je voyais mes phrases.

La colère.

Les reproches.

Les mots écrits trop vite.

Et j’avais envie de disparaître.

Je me disais que la personne allait forcément finir par comprendre que j’étais trop difficile à aimer.

Alors je m’excusais.

Pas seulement pour ce que j’avais dit.

Je m’excusais presque d’être moi.

Je disais souvent :

« Désolée, je sais que je suis compliquée. »

« Désolée, je ressens tout trop fort. »

« Désolée, tu ne devrais pas avoir à supporter ça. »

Le mot « désolée » était devenu une façon de demander :

« Est-ce que tu vas rester malgré moi ? »

À force, j’ai commencé à faire attention à tout.

Je comptais presque le nombre de messages que j’envoyais.

J’attendais avant de répondre pour ne pas sembler trop disponible.

Je gardais certaines choses pour moi.

Je pleurais dans la salle de bain avant de ressortir en disant que j’étais simplement fatiguée.

Je pensais que, pour être aimée, je devais devenir une version plus facile de moi-même.

Moins sensible.

Moins inquiète.

Moins présente.

Moins vivante, finalement.

Mais même lorsque je ne disais rien, je continuais à ressentir exactement la même chose.

Je ne devenais pas moins intense.

Je devenais seulement plus seule avec mon intensité.

Ce qui m’a fait le plus mal, ce n’est pas qu’une personne me dise que j’étais « trop ».

C’est d’avoir fini par utiliser ce mot contre moi avant même que les autres puissent le faire.

Quand quelqu’un s’éloignait, je pensais :

« Bien sûr. Je l’ai encore épuisé. »

Quand une amitié se terminait, je ne me demandais pas si nous étions simplement devenues différentes.

Je pensais immédiatement que j’avais demandé trop d’attention, trop parlé de mes émotions ou trop attendu de cette personne.

Tout devenait une preuve que le problème venait de moi.

Aujourd’hui, je n’ai pas complètement arrêté d’avoir peur d’être trop.

Il m’arrive encore de relire un message avant de l’envoyer.

De me demander si j’ai trop parlé.

De sentir une boule dans mon ventre quand quelqu’un change légèrement de ton.

Mais j’essaie de ne plus confondre ce que je ressens avec ce que je vaux.

Mes émotions peuvent être très fortes.

Mes réactions peuvent parfois dépasser ce que j’aurais voulu.

Cela ne veut pas dire que toute ma personne est excessive.

Je ne veux plus passer ma vie à devenir plus petite pour rassurer les autres.

Je veux apprendre à exprimer ce que je ressens sans blesser.

À demander du soutien sans avoir honte.

À reconnaître mes erreurs sans croire que je suis moi-même une erreur.

Je ne sais pas encore toujours comment faire.

Certains jours, je retombe dans mes anciennes habitudes.

Je m’excuse trop.

Je me tais alors que j’aurais besoin de parler.

Je prends mes distances alors que j’ai peur d’être abandonnée.

Mais j’essaie de me rappeler une chose :

je ne suis peut-être pas « trop ».

J’ai peut-être simplement passé trop de temps avec des personnes qui ne savaient pas quoi faire de tout ce que je ressentais.

Et je mérite, moi aussi, de pouvoir exister sans demander pardon pour chaque émotion.


Pourquoi a-t-on l’impression d’être « trop » quand on est borderline ?

Lorsqu’une émotion déborde, une personne peut regretter une parole, un message ou une réaction.

Mais lorsque cela se reproduit souvent, et que l’entourage lui répète qu’elle est trop sensible, trop intense ou trop compliquée, quelque chose peut progressivement changer dans la manière dont elle se regarde.

Elle ne pense plus seulement :

« J’ai réagi trop fortement. »

Elle commence à croire :

« C’est moi qui suis trop. »

💡 Selon Psycom, organisme public d’information sur la santé mentale, le trouble borderline peut notamment se manifester par des émotions débordantes et une forte impulsivité. Psycom rappelle également qu’un rétablissement est possible grâce aux thérapies et au soutien.

Cette intensité émotionnelle ne signifie pas que la personne cherche volontairement à compliquer les relations.

Sur le moment, la tristesse peut réellement sembler immense.

La peur peut prendre toute la place.

Un changement de ton peut être ressenti comme le début d’un rejet.

Un silence peut devenir la preuve que l’autre s’éloigne.

Et un désaccord peut réveiller la crainte que la relation soit sur le point de se terminer.

Lorsque ces émotions retombent, la honte peut alors prendre leur place.

La personne repense à ce qu’elle a dit.

Elle relit ses messages.

Elle analyse le visage, le ton ou les silences de l’autre.

Elle se demande si elle a encore demandé trop d’attention, trop parlé de ses émotions ou trop attendu de la relation.

Comme Angélique, elle peut alors commencer à surveiller chacun de ses gestes.

Elle attend avant de répondre pour ne pas paraître trop disponible.

Elle efface un message dans lequel elle demandait à être rassurée.

Elle cache ses larmes.

Elle s’excuse avant même de savoir si elle a réellement fait quelque chose de mal.

Elle essaie de devenir plus silencieuse, plus indépendante et plus facile à aimer.

Mais se taire ne fait pas disparaître l’émotion.

Cela oblige seulement la personne à la vivre seule.

Elle peut alors sembler calme à l’extérieur tout en menant, intérieurement, un combat que personne ne voit.

Ressentir intensément ne signifie pas être impossible à aimer

Comprendre cette souffrance ne veut pas dire que toutes les réactions doivent être acceptées ou excusées.

Certaines paroles peuvent blesser.

Certains comportements doivent être reconnus, travaillés et parfois réparés.

Mais il existe une différence essentielle entre dire :

« Cette réaction m’a fait du mal. »

et affirmer :

« Tu es trop difficile à aimer. »

La première phrase permet de parler d’un comportement précis.

La seconde enferme toute une personne dans l’idée qu’elle serait le problème.

Or une personne vivant avec un trouble borderline peut apprendre à mieux reconnaître ce qui déclenche ses émotions, à les exprimer autrement et à demander du soutien sans attendre d’être déjà submergée.

Elle peut aussi apprendre à prendre la responsabilité de certaines réactions sans considérer que toute sa personnalité est une erreur.

Ce chemin ne consiste pas à devenir moins sensible ou à ne plus rien ressentir.

Il consiste progressivement à ne plus confondre :

  • l’intensité d’une émotion ;
  • la manière dont elle est exprimée ;
  • et la valeur de la personne qui la traverse.

Parce qu’une émotion peut être très forte sans définir toute une identité.

Une réaction peut être maladroite sans rendre quelqu’un indigne d’amour.

Et reconnaître ses difficultés ne devrait jamais obliger une personne à s’excuser d’exister.

Au fond, celle qui a peur d’être « trop » ne demande pas toujours aux autres de tout accepter.

Elle cherche souvent à savoir s’il existe enfin un endroit où elle pourra parler, aimer et ressentir…

sans devoir devenir plus petite pour que quelqu’un ait envie de rester.


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À propos de ce récit

Le récit incarné par Angélique, 31 ans, est un témoignage composite inspiré de ressentis et de situations fréquemment rapportés par des personnes vivant avec un trouble borderline.

Chaque expérience reste différente.

Mais mettre des mots sur cette impression d’être constamment « trop » peut permettre à certaines personnes de se sentir moins seules, et aider leurs proches à comprendre ce qui peut se cacher derrière des excuses répétées, un message effacé ou un silence inhabituel.

Parce que derrière la phrase :

« Désolée, je sais que je suis compliquée… »

se trouve parfois une question que la personne n’ose pas formuler :

« Est-ce que j’ai le droit d’être moi sans que tu finisses par partir ? »

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