Vivre avec le Trouble Borderline : Mon Histoire d’Amour, de Lutte et d’Espoir
Je m’appelle Léa, j’ai 32 ans, et si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour dire merci. Merci à l’homme qui a choisi de rester à mes côtés, même quand j’étais au plus bas. Ce témoignage n’est pas facile à écrire. Parce qu’il me ramène à des souvenirs que je préférerais parfois oublier. Mais je pense qu’il est important de raconter aussi les histoires qu’on ne voit pas souvent. Celles qui parlent de douleur, de chaos… mais aussi d’amour, de patience, et d’espoir.
Quand on me parle du trouble borderline, je pense souvent à une mer déchaînée. On veut s’accrocher à quelque chose, mais tout bouge, tout semble instable. Mes émotions peuvent changer en un claquement de doigts. Je peux aimer à la folie, puis douter en une seconde. Hurler, pleurer, supplier… et regretter aussitôt. Ce n’est pas une question de volonté. Ce n’est pas un caprice. C’est un trouble, une lutte intérieure permanente.
Quand j’ai rencontré Julien, j’étais déjà abîmée par la vie. J’avais vécu des relations très instables, souvent toxiques, parfois violentes, mais je pensais que c’était « normal ». Je n’avais pas encore mis de nom sur ce que je vivais. Je croyais simplement que j’étais « trop », que j’aimais trop fort, que j’avais besoin de trop d’attention. Ou que je n’étais pas faite pour être heureuse.
Mais Julien n’a pas fui. Il est resté. Il m’a regardée avec des yeux qui ne jugeaient pas. Des yeux qui voulaient comprendre. Et pourtant, je lui en ai fait voir. Des crises pour rien. Des disputes déclenchées par un regard de travers, une phrase mal interprétée, un message lu un peu trop tard. Des nuits sans sommeil où je le réveillais parce que je pensais qu’il allait me quitter. Et parfois, j’étais froide, distante, presque cruelle, comme pour me protéger de l’abandon que je redoutais tant. Paradoxal, hein ?
Au début, il ne comprenait pas. Qui le pourrait, d’ailleurs ? Moi-même, je ne comprenais pas ce qui se passait dans ma tête. Il disait parfois que j’étais « imprévisible », que je passais du rire aux larmes sans prévenir. Il se sentait impuissant. Et je le voyais. Et ça me faisait encore plus mal, car je me disais que j’étais en train de détruire la seule personne qui m’aimait sincèrement.
Mais il n’a pas baissé les bras.
Un jour, il m’a dit : « Je ne veux pas te sauver, Léa. Je veux juste être là avec toi, si tu veux bien qu’on traverse ça ensemble. » Cette phrase m’a bouleversée. Parce qu’elle ne venait pas d’un endroit de contrôle ou de pitié. Elle venait d’un amour mature, solide, humble. Et je crois que c’est ce jour-là que j’ai vraiment voulu m’en sortir.
J’ai fini par consulter une psychiatre. Le diagnostic est tombé : trouble de la personnalité borderline. J’ai d’abord été soulagée, parce que tout prenait un sens. Puis j’ai eu peur. Est-ce que ça voulait dire que j’étais « condamnée » à vivre comme ça ? Est-ce que Julien allait rester maintenant qu’il avait mis un nom sur mon instabilité ? Mais encore une fois, il est resté.
La thérapie a été un tournant. J’ai appris à identifier mes schémas, à reconnaître mes mécanismes de défense, à mettre des mots sur mes émotions. Et Julien m’a accompagnée dans ce chemin. Il n’a pas toujours tout compris, mais il a toujours voulu apprendre. Il est même venu à certaines séances pour mieux savoir comment réagir. Pas pour me surveiller. Pour m’aider. Pour nous aider.
Ce que beaucoup ne comprennent pas, c’est que le trouble borderline ne fait pas que du mal à la personne qui en souffre. Il touche aussi profondément les proches. Vivre avec quelqu’un comme moi, ce n’est pas simple. C’est vivre dans une montagne russe permanente. Et parfois, on n’a pas les bons mots, on ne sait pas comment apaiser. Et on se sent inutile, dépassé.
Mais Julien a appris à ne plus tout prendre personnellement. À poser ses limites, sans m’abandonner. À prendre soin de lui aussi, et c’est essentiel. Parce que oui, il m’aime, mais il ne peut pas se sacrifier entièrement pour moi. Et ça, je l’ai compris aussi. Je ne veux pas qu’il se perde en essayant de me réparer. Mon trouble ne définit pas toute mon identité, ni tout notre couple.
Aujourd’hui, ça va mieux. Je ne dis pas que tout est facile. Il m’arrive encore d’avoir des jours sombres. De douter de tout. De sentir l’angoisse monter sans raison. Mais j’ai des outils. Et surtout, je ne suis plus seule dans cette tempête.
On a réussi à construire une relation où il y a de la communication, du respect, de la tendresse. Pas tous les jours, mais souvent. Et c’est ça, finalement, la vraie victoire. Pas d’être « guérie », car ce mot est compliqué pour moi. Mais d’avoir trouvé un équilibre, une sécurité affective, une base solide sur laquelle on peut se reposer.
Julien et moi, on a même eu un petit garçon il y a deux ans. C’était une décision que je redoutais. Est-ce que j’allais être une bonne mère ? Est-ce que je n’allais pas lui transmettre mes angoisses ? Mais là encore, il a su me rassurer. Et aujourd’hui, je suis une maman imparfaite, mais présente, aimante, et surtout consciente de mes limites. Et ça change tout.
Ce témoignage, je l’écris pour lui, mais aussi pour toutes les personnes qui vivent avec quelqu’un atteint de trouble borderline. Je veux leur dire que ce n’est pas facile, non. Il y aura des moments durs, des incompréhensions, des nuits à pleurer. Mais il y aura aussi des moments de joie intense, d’amour profond, de reconstruction. Si les deux personnes sont prêtes à avancer, à se remettre en question, à se soutenir, alors oui, c’est possible.
Merci Julien. Pour ta patience. Pour ton regard qui ne m’a jamais abandonnée. Pour avoir aimé la femme derrière le trouble. Grâce à toi, j’ai appris que je pouvais être aimée sans devoir me transformer. Et ça, c’est peut-être le plus beau cadeau qu’on puisse faire à quelqu’un comme moi
Léa_R
💜 Le petit mot de l’équipe
Un immense merci à Léa pour son témoignage profondément touchant.
Mettre des mots sur les tourments intérieurs, les hauts et les bas du trouble borderline, tout en exprimant sa gratitude… c’est un acte de force et d’amour.
Son histoire nous rappelle qu’avec de la patience, du soutien et beaucoup de courage, il est possible d’avancer, pas à pas, vers plus de stabilité et de lumière.
✨ Et vous ?
Votre vécu peut aider d’autres personnes à se sentir moins seules.
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Si ce que tu viens de lire te parle, ou si certaines phrases ont réveillé quelque chose en toi, sache que tu peux aussi retrouver des capsules audio courtes (2 à 3 minutes) pour continuer la réflexion autrement.
🎧 Chaque épisode aborde un point précis lié au trouble borderline, aux émotions intenses, au vide intérieur ou aux relations — sans jargon, sans pression, à ton rythme.
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Ces capsules ne cherchent pas à te “changer”, mais à mettre des mots sur ce que tu vis, parfois quand c’est difficile à formuler soi-même.

