Ça fait quoi d’avoir peur de déranger quand on est borderline ?

Ça fait quoi d’avoir peur de déranger quand on est borderline ?

Parfois, on aurait besoin d’envoyer un message.

D’appeler quelqu’un.

De dire simplement :

« Je ne vais pas bien. »

Mais avant même de demander de l’aide, une autre peur apparaît.

Celle de tomber au mauvais moment.

D’en demander trop.

De fatiguer la personne.

Ou de devenir, peu à peu, quelqu’un qu’elle ne répondra plus avec plaisir.

Alors, on écrit un message.

On le relit.

On l’efface.

On attend encore un peu.

Puis on finit par dire :

« Ce n’est pas grave. »

alors que, justement, ça l’est.

Le témoignage qui suit raconte cette solitude particulière : avoir besoin d’une présence, mais craindre que ce besoin prenne trop de place dans la vie des autres.

Parce que derrière certaines excuses répétées…

se cache parfois une question que la personne n’ose pas poser :

« Est-ce que tu es là parce que tu en as envie… ou parce que tu te sens obligé de me supporter ? »


Témoignage : avoir peur de déranger quand on est borderline

Marie, 34 ans

Je suis le genre de personne qui répond toujours.

Quand une amie m’écrit à vingt-trois heures pour me demander si je dors, je réponds même si j’étais justement en train de poser mon téléphone.

Quand quelqu’un traverse une rupture, je peux rester une heure au téléphone.

Je réécoute les messages vocaux.

Je demande des nouvelles le lendemain.

Je me souviens du rendez-vous médical, de l’entretien important et de la date d’anniversaire que tout le monde oublie.

Je ne fais pas cela pour qu’on me trouve gentille.

J’aime réellement être présente pour les autres.

Le problème, c’est que je ne sais pas très bien faire la même chose dans l’autre sens.

Quand c’est moi qui vais mal, demander dix minutes à quelqu’un peut me sembler plus difficile que de lui consacrer toute une soirée.

Je travaille comme secrétaire dans un cabinet médical.

Toute la journée, je réponds au téléphone, je rassure des patients et j’essaie de trouver des créneaux qui n’existent pas.

Je sais quelle collègue oublie toujours son déjeuner, quel médecin perd ses stylos et qui préfère son café sans sucre.

On dit souvent que je suis solaire.

C’est un mot assez élégant pour dire que je parle beaucoup, que je fais des blagues lorsque je suis nerveuse et que j’apporte parfois un gâteau parce que je sens que l’ambiance est mauvaise.

Si une collègue semble triste, je lui demande immédiatement :

« Tu veux en parler ? »

Si elle répond non, je lui laisse une barre de céréales ou un café sur le bureau.

C’est ma manière de lui dire que je reste disponible sans l’obliger à se confier.

En revanche, je crois que presque personne ne m’entend dire :

« Moi, j’aurais besoin de parler. »

Même dans des situations très simples, j’ai peur de demander quelque chose.

Une fois, j’avais terminé tard et il pleuvait énormément.

Une collègue m’a proposé de me raccompagner.

Ma voiture était au garage et j’avais presque quarante minutes de trajet en bus.

Elle passait à moins de cinq minutes de chez moi.

J’ai quand même répondu :

« Non, surtout pas, je ne vais pas te faire faire un détour. »

Elle m’a répété que cela ne la dérangeait pas.

J’ai refusé une deuxième fois.

Puis j’ai attendu le bus sous la pluie.

Pendant le trajet, j’étais énervée contre moi-même.

J’aurais aimé accepter.

Mais, sur le moment, monter dans sa voiture m’avait donné l’impression de lui imposer ma présence pendant vingt minutes.

C’est difficile à expliquer.

Je sais que les autres sont capables de dire non.

Mais une partie de moi pense toujours qu’ils accepteront par politesse et qu’ils me reprocheront intérieurement d’avoir demandé.

Une soirée résume assez bien ma façon de fonctionner.

Une amie proche venait de se séparer de son compagnon.

Elle m’a appelée vers vingt heures.

Elle pleurait tellement que je comprenais à peine certaines phrases.

Je suis restée au téléphone avec elle pendant presque une heure et demie.

Je lui ai conseillé de boire un verre d’eau.

Je lui ai dit qu’elle pouvait me rappeler pendant la nuit.

Je lui ai même envoyé une photo ridicule de mon chat pour lui changer les idées.

Quand nous avons raccroché, elle m’a dit :

« Merci. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »

J’étais contente d’avoir pu l’aider.

Vraiment.

Puis j’ai posé mon téléphone et le silence est revenu dans mon appartement.

Je n’allais déjà pas très bien depuis plusieurs jours.

Je dormais mal.

Je me sentais à fleur de peau.

Ce soir-là, j’ai reçu une réponse assez froide d’une personne à laquelle je tenais.

Rien de violent.

Un simple :

« On verra plus tard. »

Mais mon cerveau a décidé d’organiser une réunion exceptionnelle sur toutes les raisons pour lesquelles les gens finissent par se lasser de moi.

J’ai commencé à sentir cette boule familière dans ma poitrine.

J’ai marché dans mon salon.

J’ai ouvert le réfrigérateur sans avoir faim.

J’ai lancé une vidéo dont je n’ai pas compris une seule phrase.

Puis j’ai repris mon téléphone.

J’ai rouvert la conversation avec l’amie que je venais d’écouter.

J’ai écrit :

« Tu dors ? »

Je n’ai pas envoyé.

Je me suis dit qu’elle venait de passer une heure à pleurer.

Elle avait déjà assez à supporter.

Je n’allais pas déposer mes problèmes par-dessus les siens.

J’ai effacé.

J’ai pensé à une autre amie.

J’ai commencé un message :

« Désolée de te déranger aussi tard. Tu n’es pas obligée de répondre maintenant. Enfin, ne réponds pas si tu es fatiguée, ce n’est pas très important… »

Je me suis arrêtée.

Quand un message commence par trois précautions et deux excuses, c’est rarement bon signe.

J’ai relu.

On aurait dit que je demandais pardon d’exister dans sa messagerie.

J’ai ajouté :

« Mais t’inquiète, je vais gérer. »

Puis je me suis demandé à quoi servait d’écrire à quelqu’un pour lui annoncer que je n’avais finalement besoin de rien.

J’ai tout supprimé.

C’est souvent comme ça.

J’ai besoin de parler, mais je veux d’abord garantir à l’autre qu’il n’aura aucun effort à fournir.

Je précise que ce n’est pas urgent.

Que ce n’est pas grave.

Qu’il peut répondre demain.

Ou jamais.

À la fin, ma demande est tellement bien emballée qu’elle ne ressemble plus à une demande.

Cette nuit-là, j’ai fini par écrire à ma cousine.

Elle connaît une grande partie de mes difficultés et m’a déjà répété que je pouvais l’appeler.

J’ai envoyé :

« Désolée, tu es sûrement occupée. J’ai une soirée un peu nulle, mais rien de dramatique. Tu réponds quand tu peux. »

Au bout de quatre minutes, je regrettais déjà.

Je me suis dit qu’elle était peut-être avec son compagnon.

Que mon message avait fait lever les yeux au ciel.

Qu’elle avait dû penser :

« Encore Marie. »

Après dix minutes, j’ai supprimé le message pour tout le monde.

Ce qui était assez inutile, puisqu’une notification avait probablement déjà affiché la moitié de ma phrase.

Lorsqu’elle m’a répondu un peu plus tard :

« J’ai vu ton message. Qu’est-ce qu’il se passe ? »

j’ai immédiatement écrit :

« Rien, t’inquiète, ça va mieux. »

Ce n’était pas vrai.

Mais maintenant qu’elle avait mis quelques minutes à répondre, j’avais honte d’avoir eu besoin d’elle.

Je préférais passer pour quelqu’un qui avait eu un petit moment de faiblesse déjà terminé plutôt que d’admettre que j’étais encore assise sur mon canapé à lutter contre mes pensées.

Elle a insisté une fois.

J’ai envoyé un emoji qui sourit.

La conversation s’est arrêtée là.

Ensuite, j’ai pleuré parce que je me sentais seule.

Et je savais très bien que j’avais refermé moi-même la seule porte que quelqu’un venait d’ouvrir.

Ma peur de déranger ne ressemble pas seulement à une question polie :

« Est-ce qu’elle est occupée ? »

Quand quelqu’un m’écoute, je me demande combien de temps il lui reste avant d’en avoir assez.

Je surveille les petits signes.

Un soupir.

Une réponse plus courte.

Un silence au téléphone.

Une personne qui regarde l’heure.

Je peux transformer un geste ordinaire en preuve que j’ai dépassé la limite autorisée.

Alors je me dépêche de raconter.

Je retire des détails.

Je dis que ce n’est pas aussi grave que ça en a l’air.

Puis je termine presque toujours par :

« Mais bon, ça va aller. Et toi, sinon ? »

Je ramène la conversation vers l’autre.

Quand l’autre parle, je connais mon rôle.

Je sais écouter.

Je sais rassurer.

Je sais chercher une solution ou envoyer une mauvaise blague au bon moment.

Quand c’est moi qui parle, je ne sais pas combien de place j’ai le droit de prendre.

Il m’est arrivé de m’excuser le lendemain d’une conversation parfaitement normale.

J’envoyais :

« Désolée d’avoir monopolisé la discussion hier. »

On me répondait :

« Mais pas du tout. »

Et je pensais :

« Évidemment qu’elle ne va pas me dire que je l’ai épuisée. »

Aucune réponse ne pouvait vraiment me rassurer.

Si la personne disait que je ne dérangeais pas, je pensais qu’elle était polie.

Si elle mettait du temps à répondre, j’y voyais la preuve que j’avais raison.

Et si elle posait plusieurs questions, je culpabilisais de lui prendre autant de temps.

Un jour, une amie m’a appelée directement après l’un de mes messages remplis de précautions.

J’avais écrit quelque chose comme :

« Tu aurais peut-être cinq minutes un de ces jours ? Ce n’est pas urgent du tout, vraiment. »

Lorsqu’elle m’a appelée, elle m’a dit :

« Marie, quand tu écris “pas urgent du tout” trois fois, je sais que ça ne va pas. »

J’ai ri.

J’ai répondu que j’étais seulement un peu fatiguée.

Elle m’a demandé :

« Pourquoi tu t’excuses toujours avant même de me parler ? »

J’ai essayé de plaisanter :

« C’est le service après-vente de ma personnalité. »

Elle n’a pas ri.

Pas parce qu’elle était fâchée.

Elle attendait une vraie réponse.

J’ai fini par lui dire que j’avais peur de devenir la personne dont on voit le prénom s’afficher sur l’écran et à laquelle on n’a plus envie de répondre.

Elle est restée silencieuse quelques secondes.

Évidemment, j’ai immédiatement pensé que je venais de dire quelque chose de trop lourd.

Puis elle a répondu :

« Tu n’as pas besoin d’être au bord du gouffre pour avoir le droit de m’appeler. Et tu peux simplement me demander si j’ai le temps. Je suis capable de te dire non lorsque ce n’est pas le bon moment. »

Cette dernière phrase m’a marquée.

Je crois que j’avais toujours imaginé que je devais deviner à la place des autres.

S’ils étaient fatigués.

Si mes problèmes étaient suffisamment importants.

Combien de minutes je pouvais parler avant de devenir pénible.

Je ne leur laissais même pas la possibilité de choisir.

Je décidais moi-même que j’allais les déranger.

Puis je restais seule avec cette décision.

Je ne suis pas devenue soudainement à l’aise avec le fait de demander du soutien.

Je commence encore trop de messages par « désolée ».

Quand une réponse tarde, mon cerveau continue à inventer une histoire dans laquelle la personne regrette de me connaître.

Mais il y a peu de temps, j’ai eu une autre soirée difficile.

J’ai ouvert la conversation avec cette même amie.

J’ai commencé à écrire :

« Désolée de… »

Puis j’ai effacé le début.

J’ai recommencé :

« Est-ce que tu as dix minutes ce soir ? J’aurais besoin de parler un peu. Tu peux me dire honnêtement si ce n’est pas le bon moment. »

J’ai failli ajouter :

« Mais ce n’est pas grave si tu ne peux pas. »

Je ne l’ai pas fait.

J’ai envoyé.

Elle m’a répondu :

« Oui. Appelle-moi. J’ai environ un quart d’heure avant d’aller dormir. »

J’ai regardé le bouton d’appel pendant plusieurs secondes.

Une partie de moi voulait répondre :

« Non, laisse, repose-toi. »

Mais elle venait de me dire clairement ce qu’elle pouvait donner.

Quinze minutes.

Pas toute sa soirée.

Pas toute son énergie.

Quinze minutes qu’elle avait choisies.

Alors j’ai appuyé.

Quand elle a décroché, j’ai quand même commencé par :

« Promis, je ne vais pas t’embêter longtemps. »

Elle a répondu :

« Tu as quinze minutes. Utilise-les au lieu de t’excuser. »

J’ai ri.

Puis j’ai parlé.

Elle m’a écoutée.

Au bout d’un moment, elle m’a dit :

« Il faut que j’aille dormir maintenant. On se réécrit demain ? »

J’ai senti une petite panique monter.

L’ancienne Marie aurait probablement répondu très vite :

« Oui, oui, désolée, je t’ai retenue trop longtemps. »

Cette fois, j’ai seulement dit :

« D’accord. Merci de m’avoir écoutée. »

Elle m’a souhaité bonne nuit.

Nous avons raccroché.

Elle avait posé une limite.

Et elle ne m’avait pas abandonnée.

Le lendemain matin, j’ai ouvert notre conversation.

J’ai écrit :

« Merci pour hier. Ça m’a vraiment aidée. »

Je n’ai pas ajouté « désolée ».

Je n’ai pas demandé si je l’avais fatiguée.

Je n’ai pas cherché à vérifier si elle regrettait de m’avoir répondu.

J’ai envoyé le message tel quel.

Elle a répondu avec un cœur.

Cela paraît minuscule.

Mais, pour une fois, j’avais demandé un peu de place dans la vie de quelqu’un.

Cette personne avait choisi de me la donner.

Et je n’avais pas essayé de m’excuser d’y avoir existé.


Pourquoi peut-on avoir peur de déranger quand on est borderline ?

Marie est toujours disponible pour les autres.

Elle écoute les longues conversations.

Elle se souvient des moments importants.

Elle propose son aide avant même qu’on la lui demande.

Mais lorsqu’elle aurait elle-même besoin d’une présence, chaque demande lui paraît soudain trop lourde.

Elle ne se demande pas seulement :

« Est-ce que cette personne a le temps ? »

Elle se demande :

« Est-ce qu’elle répond parce qu’elle en a envie… ou parce qu’elle se sent obligée ? »

Alors Marie ajoute des précautions.

Elle s’excuse.

Elle minimise.

Elle précise que ce n’est pas urgent, puis affirme qu’elle va se débrouiller seule.

À force de vouloir rendre sa demande acceptable, elle finit parfois par la rendre presque invisible.

💡 Psycom explique que le trouble borderline peut notamment s’accompagner d’émotions débordantes, d’une forte impulsivité et d’une peur importante de l’abandon ou du rejet. Ces difficultés peuvent influencer la manière dont une personne interprète les réactions de son entourage et vit ses relations.

Chez Marie, un retard de réponse ne signifie donc pas simplement que son amie est occupée.

Il peut rapidement devenir la preuve qu’elle n’aurait jamais dû écrire.

Un soupir peut lui faire croire qu’elle a parlé trop longtemps.

Une personne qui regarde l’heure peut lui donner l’impression qu’elle est devenue pénible.

Et même lorsqu’on lui assure qu’elle ne dérange pas, elle peut penser que cette réponse est seulement dictée par la politesse.

Se rendre toujours disponible peut aussi empêcher de recevoir

Marie connaît parfaitement la place qu’elle occupe lorsqu’une autre personne souffre.

Elle écoute.

Elle rassure.

Elle cherche une solution.

Elle peut même utiliser l’humour pour rendre la situation un peu moins lourde.

Ce rôle lui donne le sentiment d’être utile et lui permet de rester sur un terrain qu’elle maîtrise.

Mais lorsqu’elle devient celle qui a besoin d’être écoutée, elle ne sait plus quelles règles appliquer.

Combien de temps peut-elle parler ?

Son problème est-il suffisamment important ?

La personne aura-t-elle encore envie de répondre la prochaine fois ?

Elle ramène alors rapidement la conversation vers l’autre :

« Mais bon, ça va aller. Et toi, sinon ? »

Ce changement de sujet peut donner l’impression que Marie va mieux.

En réalité, il lui permet surtout de retrouver un rôle dans lequel elle ne risque pas de peser sur quelqu’un.

Elle continue ainsi à beaucoup donner, tout en restant seule avec ce qu’elle n’ose pas demander.

Demander clairement permet aussi à l’autre de choisir

Marie pense longtemps qu’elle doit deviner à la place des autres.

Elle essaie d’évaluer leur fatigue, leur disponibilité et leur envie de l’écouter avant même de leur avoir posé la question.

Cette vigilance part d’une peur compréhensible : celle d’imposer sa souffrance à une personne qui n’aurait pas la force de la recevoir.

Mais en décidant systématiquement qu’elle va déranger, Marie ne laisse plus réellement l’autre choisir.

Une demande plus claire peut au contraire respecter les deux personnes :

« Est-ce que tu as dix minutes ce soir ? J’aurais besoin de parler un peu. Tu peux me dire honnêtement si ce n’est pas le bon moment. »

Cette phrase exprime un besoin sans exiger une disponibilité illimitée.

Elle permet à l’autre de répondre oui.

De proposer un autre moment.

Ou de poser une limite.

Dans le témoignage, l’amie de Marie accepte de lui consacrer quinze minutes.

Elle l’écoute, puis lui dit qu’elle doit aller dormir.

Cette limite fait monter une petite peur chez Marie, mais elle lui permet aussi de découvrir quelque chose d’important :

une conversation peut se terminer sans que la relation se termine avec elle.

Son amie ne la rejette pas.

Elle ne regrette pas nécessairement de l’avoir écoutée.

Elle indique simplement ce qu’elle pouvait offrir ce soir-là.

Avoir besoin de quelqu’un ne fait pas de soi un poids

Une relation équilibrée ne signifie pas que chaque personne doit être disponible à tout moment.

Elle signifie plutôt que chacun peut exprimer ce qu’il peut donner, ce qu’il ne peut pas donner et ce dont il aurait besoin.

Marie n’a donc pas à attendre d’être au bord de l’effondrement pour mériter quelques minutes d’écoute.

Elle n’a pas non plus besoin de transformer chacune de ses demandes en excuse.

Elle peut solliciter une présence sans exiger que l’autre règle tout.

Et la personne en face peut poser une limite sans que celle-ci devienne automatiquement une preuve de rejet.

Le changement de Marie apparaît dans un détail très simple.

Le lendemain de l’appel, elle écrit :

« Merci pour hier. Ça m’a vraiment aidée. »

Elle n’ajoute pas :

« Désolée de t’avoir dérangée. »

Elle ne demande pas si elle a parlé trop longtemps.

Elle remercie simplement son amie pour un moment que celle-ci avait librement choisi de lui offrir.

Parce que demander un peu de place dans la vie de quelqu’un ne signifie pas lui imposer tout son poids.

Parfois, cela consiste seulement à lui permettre de répondre sincèrement :

« Oui, j’ai quelques minutes pour toi. »

Et à essayer de croire que, pendant ces quelques minutes…

on a réellement le droit d’être celui ou celle qui reçoit.


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Merci à Marie pour son témoignage

Merci à Marie, 34 ans, d’avoir accepté de raconter cette peur discrète : celle de devenir un poids pour les personnes que l’on aime simplement parce que l’on aurait besoin, à son tour, d’être écouté.

Son témoignage ne représente pas toutes les personnes vivant avec un trouble borderline.

Chaque personne entretient un rapport différent à l’aide, à la disponibilité des autres et à l’expression de ses besoins.

Mais l’expérience de Marie rappelle qu’une demande n’est pas forcément une obligation imposée à l’autre.

Elle peut aussi devenir une invitation à choisir librement d’être présent.

Et parfois, le premier pas ne consiste pas à cesser d’avoir peur de déranger.

Il consiste simplement à envoyer le message malgré cette peur…

sans l’effacer,

sans minimiser ce que l’on ressent,

et sans commencer par demander pardon.

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