Ça fait quoi d’aimer quelqu’un et de vouloir le fuir quand on est borderline ?

Ça fait quoi d’aimer quelqu’un et de vouloir le fuir quand on est borderline ?

Au début, la proximité rassure.

On attend les messages.

On cherche la présence de l’autre.

On se sent enfin choisi, compris, peut-être même en sécurité.

Puis le lien devient plus sérieux.

L’autre connaît nos fragilités.

Il voit ce que l’on cache d’habitude.

Il commence à compter vraiment.

Et la tendresse elle-même peut devenir inquiétante.

Parce que plus une personne devient importante, plus elle devient capable de nous blesser, de nous décevoir ou de partir.

Alors on recule.

On devient froid sans vraiment le vouloir.

On cherche un défaut à la relation.

On provoque parfois une distance que l’on supporte ensuite très mal.

Le témoignage qui suit raconte ce paradoxe douloureux : désirer profondément l’intimité, puis paniquer lorsqu’elle devient réelle.

Parce que repousser l’autre peut donner l’impression de reprendre le contrôle…

même lorsque tout ce que l’on voudrait, au fond, serait qu’il reste.


Témoignage : aimer quelqu’un et vouloir le fuir quand on est borderline

Léna, 28 ans

Quand j’ai rencontré Thomas, j’ai tout de suite aimé sa façon d’être.

Il était calme.

Pas mou. Calme.

Il ne faisait pas semblant de ne pas voir mes messages pour paraître occupé.

Il ne disparaissait pas pendant trois jours avant de revenir avec un pauvre :

« Désolé, semaine compliquée. »

Quand il disait qu’il allait appeler, il appelait.

Au début, ça m’a fait du bien.

Je n’avais pas besoin de deviner.

Je pouvais lui envoyer une photo idiote pendant ma pause au salon et il répondait.

Je pouvais lui écrire :

« Viens ce soir. »

Et il venait.

Je travaille dans un salon de coiffure.

Je parle toute la journée.

Je peux connaître la vie sentimentale d’une cliente avant même d’avoir terminé son shampoing.

Je plaisante beaucoup.

Je touche le bras des gens quand je parle.

Quand il y a un silence gênant, je le remplis.

Les gens pensent souvent que je suis très à l’aise.

Et je le suis, tant que ça ne compte pas trop.

Avec Thomas, ça a compté très vite.

Au début, j’avais envie de le voir tout le temps.

Quand il repartait de chez moi, je lui envoyais parfois un message avant même qu’il soit arrivé chez lui.

Je dormais mieux lorsqu’il était là.

Je mettais mes pieds froids contre ses jambes et il râlait.

Je trouvais ça rassurant.

Je pensais :

« Voilà. C’est simple. C’est comme ça que ça devrait être. »

Puis la relation est devenue plus sérieuse.

Pas avec une grande déclaration.

Avec de petites choses.

Il a laissé un t-shirt chez moi.

J’ai commencé à acheter le café qu’il aimait sans même y penser.

Ses amis connaissaient mon prénom.

Il disait parfois « nous » en parlant de quelque chose qui aurait lieu dans plusieurs mois.

Et plus tout cela devenait normal, plus j’avais envie de trouver ce qui n’allait pas.

Je trouvais qu’il m’écrivait trop.

Lorsqu’il écrivait moins, je trouvais qu’il devenait distant.

Je lui demandais une soirée seule.

Puis je regardais toutes les dix minutes s’il était connecté.

Quand il me proposait de venir, je disais qu’il m’étouffait.

Quand il respectait mon besoin d’espace, je me demandais s’il était content d’être débarrassé de moi.

Je sais que ce n’est pas logique.

Mais sur le moment, les deux envies sont là.

Je veux qu’il me laisse tranquille.

Et je veux qu’il me prouve qu’il ne va pas vraiment partir.

Un soir, il m’a donné une clé de son appartement.

Il ne m’a pas demandé d’emménager.

Il m’a seulement dit :

« Comme ça, quand tu arrives avant moi, tu n’attends pas dans la rue. »

J’ai souri.

J’ai répondu :

« Ah, donc maintenant j’ai un accès officiel ? »

Il m’a dit :

« Oui, mais tu ne touches pas à mon tiroir à câbles. »

J’ai rigolé.

J’ai pris la clé.

J’étais contente.

Vraiment.

Puis, pendant qu’il préparait le repas, je l’ai regardée au fond de ma main.

Et je me suis sentie mal.

Ce n’était qu’une clé.

Mais pour moi, ça voulait dire que j’avais une place chez lui.

Une vraie place.

Et si j’avais une place, je pouvais aussi la perdre.

Je pensais déjà au jour où il faudrait lui rendre la clé alors qu’il était simplement en train de couper des tomates.

Après ça, tout m’a agacée.

Il mâchait trop fort.

Il avait laissé une assiette sur la table.

Il avait lancé une série que je n’aimais pas.

Il m’a demandé :

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

J’ai répondu :

« Rien. »

Il a demandé une deuxième fois.

J’ai dit :

« Tu peux me laisser respirer un peu ? »

Il m’a regardée comme si j’étais devenue une autre personne en une heure.

Il n’avait pas complètement tort.

Je lui ai finalement dit :

« Je crois qu’on va trop vite. »

Il a regardé la clé.

Puis il a répondu :

« Tu peux me la rendre. Je ne t’ai pas demandé de signer un crédit avec moi. »

Son ton m’a énervée.

Je lui ai dit :

« Voilà, tu te fous de moi. »

Il a soufflé.

« Non, Léna. J’essaie juste de comprendre ce qu’il s’est passé entre le moment où tu étais contente et maintenant. »

Je n’avais pas de réponse.

Alors j’ai pris mon sac.

Il m’a demandé si je partais vraiment.

J’ai répondu :

« Oui, j’ai besoin d’être seule. »

Dans le bus, j’ai regardé mon téléphone tout le trajet.

J’attendais son message.

Il n’est pas arrivé tout de suite.

Au bout de vingt minutes, je me suis dit qu’il devait en avoir marre.

Puis il a écrit :

« On en parle demain. Là, je suis énervé. »

J’ai répondu :

« Fais comme tu veux. »

C’est une phrase que je dis souvent quand je veux exactement l’inverse.

Quelques semaines plus tard, il m’a invitée à l’anniversaire de sa sœur.

J’ai accepté tout de suite.

J’étais même contente.

J’ai acheté un cadeau.

J’ai demandé à une collègue si ma robe faisait trop habillée.

Le jour même, j’ai commencé à paniquer.

Je me suis changée trois fois.

La robe faisait trop « petite amie officielle ».

Le jean faisait négligé.

J’ai fini assise sur mon lit avec un œil maquillé et l’autre pas.

Thomas m’a appelée.

Il m’a demandé si j’étais prête.

J’ai répondu :

« Je ne sais pas si je viens. »

Il y a eu un silence.

Puis il a dit :

« Tu te moques de moi ? On doit partir dans vingt minutes. »

Je lui ai répondu que j’étais fatiguée.

Il m’a rappelé que j’en parlais depuis deux semaines.

Je me suis sentie coincée.

Alors j’ai attaqué.

« Je n’ai pas envie de jouer à la petite copine parfaite devant toute ta famille. »

Il s’est énervé.

« Mais personne ne te demande d’être parfaite. On te demande juste de venir manger un gâteau. »

Ce n’était pas très délicat.

Mais il avait raison.

Dans ma tête, cette soirée voulait dire beaucoup plus.

Sa famille allait me connaître.

Ils allaient poser des questions sur nous.

Ils allaient peut-être m’apprécier.

Et un jour, si Thomas me quittait, toutes ces personnes sauraient que je n’étais plus là.

Je lui ai dit d’y aller sans moi.

Il est parti.

Dès que la porte s’est fermée, j’ai eu envie de le rappeler.

Je suis restée assise avec le cadeau posé à côté de moi.

J’imaginais sa famille demander où j’étais.

J’imaginais sa mère lui dire que j’étais compliquée.

J’imaginais sa sœur lui conseiller de me quitter.

Je leur avais inventé toute une conversation alors qu’ils étaient sûrement en train d’ouvrir des bouteilles et de chercher un briquet pour les bougies.

Je n’ai rien envoyé.

J’avais honte.

Et j’avais peur que, si je m’excusais, Thomas me réponde froidement.

Vers vingt-trois heures, il m’a écrit :

« Franchement, tu aurais pu me dire plus tôt que tu ne voulais pas venir. »

J’ai répondu :

« Je ne le savais pas plus tôt. »

C’était la seule chose vraie que j’arrivais à dire.

Je ne savais pas que j’allais paniquer.

J’avais envie d’y aller jusqu’au moment où cette envie était devenue trop réelle.

Après cet anniversaire, Thomas a commencé à être moins patient.

Pas méchant.

Mais moins patient.

Quand j’annulais au dernier moment, il ne cherchait plus toujours à me convaincre.

Il disait :

« D’accord. »

Et ce simple « d’accord » me rendait folle.

Je pensais qu’il renonçait à moi.

Alors que parfois, il était seulement fatigué de discuter pendant une heure pour savoir si je voulais vraiment qu’il vienne.

Un soir, on s’est disputés parce qu’il avait prévu une sortie avec ses amis.

Je lui avais pourtant dit que je voulais rester seule.

Lorsqu’il m’a annoncé qu’il sortirait, j’ai eu l’impression qu’il profitait de l’occasion pour m’éviter.

Je lui ai dit :

« Vas-y. De toute façon, tu préfères être avec eux. »

Il m’a répondu :

« Tu m’as demandé de te laisser tranquille. J’ai organisé autre chose. »

Je lui ai dit qu’il n’avait pas compris.

Il s’est énervé.

« Mais qu’est-ce que je dois comprendre ? Quand tu dis “laisse-moi seule”, je dois rester devant ta porte jusqu’à ce que tu changes d’avis ? »

J’ai trouvé sa phrase méchante.

Je lui ai répondu qu’il pouvait partir pour de bon.

Puis j’ai ajouté :

« Franchement, je ne sais même pas si je t’aime encore. »

Dès que je l’ai dit, j’ai regretté.

Je l’aimais.

Mais je voulais lui faire aussi mal que j’avais mal.

Thomas est resté silencieux.

Puis il a dit :

« Je ne peux plus faire ça chaque semaine. »

J’ai senti la panique monter.

Je lui ai demandé ce qu’il voulait dire.

Il a haussé le ton.

« Je veux dire que je suis fatigué. Quand je reste, tu dis que je t’étouffe. Quand je pars, tu dis que je t’abandonne. Quand ça va bien, tu trouves une raison pour tout casser. Moi aussi, j’en ai marre. »

Je me suis mise en colère.

Je lui ai dit qu’il pouvait partir.

Il a pris sa veste.

Quand je l’ai vu avancer vers la porte, j’ai demandé :

« Tu pars vraiment ? »

Il s’est retourné.

« Oui, Léna. Tu viens de me le demander. »

Je me suis mise à pleurer.

Je lui ai dit qu’il savait très bien que je ne voulais pas qu’il parte.

Il a répondu :

« Non. Je ne sais plus. »

Cette réponse m’a fait plus mal que s’il avait crié.

Il ne savait vraiment plus ce que je voulais.

Et moi non plus, parfois.

Il n’est pas parti immédiatement.

Il s’est assis dans la cuisine, toujours avec sa veste.

Pendant quelques minutes, personne n’a parlé.

Je regardais mon téléphone sans rien lire.

Puis j’ai dit :

« Quand tu comptes trop, ça me fait peur. »

Il m’a demandé :

« Ça veut dire quoi, ça ? »

Je n’en savais rien.

J’ai répondu :

« Je sais pas. J’ai peur que tu partes. Et après j’ai envie de partir avant. »

Ce n’était pas très clair.

Mais c’était plus vrai que de lui dire que je ne l’aimais plus.

Thomas a frotté son visage avec ses mains.

Il m’a dit :

« Je peux essayer de comprendre. Mais je ne peux pas continuer à me prendre des “je ne t’aime plus” chaque fois que tu paniques. »

J’ai trouvé ça dur.

Une partie de moi voulait qu’il comprenne que je ne contrôlais pas toujours ce qui sortait.

Mais je voyais aussi qu’il était vraiment fatigué.

Je lui ai demandé :

« Et si un jour tu en as vraiment marre ? »

Il a répondu :

« Je ne sais pas. On verra. Mais arrête de provoquer ce jour-là toutes les semaines. »

Ce n’était pas une belle phrase de film.

Il ne m’a pas promis qu’il resterait toujours.

Sur le moment, ça m’a fait peur.

Mais au moins, il ne me disait pas quelque chose uniquement pour me calmer.

Je n’ai pas arrêté de paniquer après cette soirée.

Quelques jours plus tard, il a parlé de vacances pour l’été suivant.

Mon premier réflexe a été de lui dire qu’il allait trop vite.

J’avais déjà envie de chercher un défaut dans l’endroit qu’il proposait.

Puis je me suis arrêtée.

J’ai touché mes cheveux.

J’ai déplacé un chargeur sur la table.

Je l’ai remis à sa place.

Et j’ai dit :

« Ça me fait bizarre quand tu parles de l’été prochain. »

Il m’a demandé pourquoi.

J’ai répondu :

« Parce que ça veut dire que tu penses encore être avec moi. »

Il a froncé les sourcils.

« C’est plutôt une bonne chose, non ? »

J’ai haussé les épaules.

« Oui. Mais ça me fait peur quand même. »

Il n’a pas trouvé une réponse parfaite.

Il a seulement dit :

« Bon. On ne réserve rien aujourd’hui. Mais ne commence pas à me dire que l’endroit est nul juste parce que tu stresses. »

J’ai presque répondu que l’endroit était vraiment nul.

Puis j’ai ri.

Il a ri aussi.

Thomas m’a reparlé de la clé quelque temps plus tard.

Elle était toujours dans le tiroir de son entrée.

Il m’a demandé :

« Tu la veux ou pas ? Parce que je vais finir par la perdre. »

J’ai senti la peur revenir.

J’ai failli dire que je n’en aurais jamais besoin.

À la place, j’ai répondu :

« Pas maintenant. Mais je ne suis pas en train de préparer ma fuite non plus. »

Il a dit :

« D’accord. »

Puis il a refermé le tiroir.

C’est tout.

Pas de dispute.

Pas de grande discussion.

La clé est restée là.

Et moi aussi.

Je ne sais pas encore aimer tranquillement.

Il m’arrive toujours d’avoir envie de partir après une journée où tout s’est bien passé.

Parfois, un moment tendre me fait plus peur qu’une dispute.

Une dispute, je sais quoi faire.

Je peux crier.

Je peux attaquer.

Je peux prendre mon sac et partir.

Quand quelqu’un m’aime sans me demander de me battre, je ne sais pas toujours comment rester.

Maintenant, lorsque j’ai envie de tout arrêter d’un coup, j’essaie de ne pas lui dire immédiatement que je ne l’aime plus.

Je n’y arrive pas toujours.

Mais parfois, j’arrive à dire :

« Là, je panique. J’ai besoin d’un peu de temps. Mais je ne suis pas en train de te quitter. »

Ce n’est pas très joli.

Ce n’est pas toujours calme non plus.

Mais au moins, Thomas n’a plus à choisir entre écouter mon « pars » ou deviner que j’aimerais qu’il reste.

Je n’ai toujours pas pris la clé.

Elle est encore dans son tiroir.

Pour le moment, mon progrès, c’est peut-être seulement ça :

savoir que la porte est ouverte,

ne pas me forcer à entrer avant d’être prête,

mais ne plus la claquer simplement parce que j’ai peur qu’un jour, elle puisse se refermer.


Pourquoi peut-on aimer quelqu’un tout en ayant envie de le fuir quand on est borderline ?

Léna ne repousse pas Thomas parce qu’il ne compte plus pour elle.

Elle commence au contraire à le repousser au moment où il devient vraiment important.

Au début de leur relation, la proximité la rassure. Elle attend ses messages, cherche sa présence et dort mieux lorsqu’il est près d’elle.

Puis le couple prend une place plus concrète dans sa vie.

Thomas laisse un vêtement chez elle.

Il parle de vacances.

Il l’invite dans sa famille.

Il lui propose une clé de son appartement.

Ces gestes pourraient uniquement représenter une relation qui avance. Pour Léna, ils rappellent aussi qu’elle possède désormais quelque chose qu’elle pourrait perdre.

La clé ne signifie donc pas seulement :

« Tu as une place chez moi. »

Elle fait immédiatement apparaître une autre possibilité :

« Un jour, tu devras peut-être me la rendre. »

Alors que Thomas coupe simplement des tomates, Léna imagine déjà la fin de leur histoire.

Quand la proximité rassure et effraie en même temps

Une peur relationnelle reconnue dans le trouble borderline

Selon Psycom, les relations aux autres peuvent provoquer des émotions particulièrement fortes chez les personnes vivant avec un trouble borderline. La peur d’être abandonné ou rejeté peut notamment conduire à des réactions agressives envers l’autre, même lorsque cette personne est précisément celle que l’on voudrait garder près de soi. Les manifestations restent toutefois différentes d’une personne à l’autre.

Cette explication permet de mieux comprendre la contradiction vécue par Léna.

Lorsqu’elle est seule, elle désire la présence de Thomas.

Lorsqu’il s’approche, elle peut avoir l’impression de perdre le contrôle.

Elle lui demande alors de la laisser tranquille. Mais lorsqu’il respecte cette demande, la distance devient à son tour inquiétante.

Elle se demande s’il est soulagé.

S’il préfère être avec ses amis.

S’il commence déjà à comprendre qu’il serait plus heureux sans elle.

Ses deux besoins sont réels au même moment :

« Laisse-moi respirer. »

et :

« Montre-moi que tu ne vas pas partir. »

Le problème est que Thomas ne peut pas toujours savoir lequel il doit écouter.

Chercher des défauts pour rendre la relation moins dangereuse

Après avoir reçu la clé, Léna ne dit pas clairement qu’elle a peur.

Elle remarque soudain que Thomas mâche trop fort, laisse traîner une assiette et choisit une mauvaise série.

Ces détails existent peut-être réellement.

Thomas n’est pas parfait et Léna n’a pas à apprécier tout ce qu’il fait.

Mais dans cette situation, les petits défauts lui permettent surtout de déplacer son attention.

Il est moins effrayant de penser :

« Cette relation ne me convient pas »

que d’admettre :

« Cette relation compte tellement que je ne sais pas comment je survivrais à sa fin. »

En rendant Thomas agaçant, Léna tente de rendre leur histoire moins précieuse.

Si la relation est mauvaise, la quitter ressemble à une décision.

Si elle est heureuse, la perdre ressemble à une catastrophe.

Cette stratégie lui donne brièvement l’impression de se protéger. Pourtant, elle crée progressivement la distance qu’elle redoute.

Repousser l’autre peut provoquer exactement ce que l’on craint

Lorsque Léna demande à Thomas de partir, elle espère parfois qu’il comprendra qu’elle souhaite secrètement être rassurée.

Mais Thomas entend la phrase qu’elle prononce :

« Pars. »

Lorsqu’il prend sa veste, Léna panique.

Elle lui demande comment il peut réellement partir alors qu’il sait qu’elle ne le veut pas.

Thomas lui répond pourtant quelque chose d’essentiel :

« Non. Je ne sais plus. »

À force de devoir deviner si Léna veut être seule ou retenue, il ne sait plus comment réagir.

Comprendre la peur de Léna ne signifie donc pas que Thomas doit accepter toutes les paroles qu’elle prononce ou ignorer sa propre fatigue.

Léna peut souffrir profondément et avoir malgré tout une responsabilité dans la manière dont elle traite son compagnon.

Thomas peut l’aimer et poser une limite.

Il peut essayer de comprendre son fonctionnement sans accepter d’entendre régulièrement qu’elle ne l’aime plus.

Expliquer une réaction ne revient pas à effacer ses conséquences.

Les mots prononcés pour créer de la distance peuvent réellement blesser l’autre et fragiliser la sécurité du couple.

Dire « j’ai peur » plutôt que « je ne t’aime plus »

L’évolution de Léna ne consiste pas à ne plus jamais vouloir fuir.

Elle ne devient pas soudainement sereine lorsque Thomas parle de l’été prochain.

Elle ne prend pas encore la clé.

Son progrès apparaît plus tôt, au moment où la peur commence à monter.

Au lieu de critiquer immédiatement le projet de vacances, elle parvient à dire :

« Ça me fait bizarre quand tu parles de l’été prochain. »

Puis :

« Ça me fait peur. »

Cette formulation est imparfaite.

Thomas ne répond pas avec une phrase idéale.

Il lui dit simplement qu’ils ne sont pas obligés de réserver immédiatement et lui demande de ne pas dénigrer le projet uniquement parce qu’elle panique.

La discussion reste humaine.

Thomas peut être agacé.

Léna peut être maladroite.

Mais la peur n’est plus automatiquement transformée en menace contre leur relation.

Dire :

« J’ai besoin de temps »

ne produit pas le même effet que :

« Je ne t’aime plus. »

La première phrase exprime un état intérieur.

La seconde remet tout le lien en question.

Rester ne signifie pas renoncer à se protéger

À la fin du témoignage, la clé demeure dans le tiroir.

Léna n’est pas prête à la prendre.

Thomas ne la force pas.

Mais elle ne lui demande plus de la jeter et ne transforme pas son hésitation en rupture.

Elle accepte qu’une porte puisse rester ouverte sans être obligée de la franchir immédiatement.

C’est peut-être cela, son changement le plus important.

Comprendre que la prudence ne consiste pas forcément à tout détruire avant de pouvoir être blessée.

Qu’elle peut demander du temps sans préparer son départ.

Qu’elle peut avoir peur sans annoncer la fin de son couple.

Et qu’aimer quelqu’un comporte toujours une part de vulnérabilité qu’aucune clé rendue, aucune dispute provoquée et aucune fuite anticipée ne peut totalement supprimer.

Léna ne sait pas encore aimer sans peur.

Mais elle commence à ne plus confondre automatiquement cette peur avec la preuve qu’elle doit partir.


À découvrir également


Merci à Léna pour son témoignage

Merci à Léna, 28 ans, d’avoir raconté ce paradoxe difficile : désirer profondément une relation, puis ressentir le besoin de la fuir lorsqu’elle devient trop importante.

Son expérience ne représente pas toutes les personnes vivant avec un trouble borderline. Chacun peut vivre l’attachement, l’intimité et la peur de l’abandon d’une manière différente.

Mais son témoignage rappelle que certaines prises de distance ne signifient pas toujours que l’amour a disparu.

Elles peuvent aussi traduire la peur de devenir vulnérable devant quelqu’un qui compte énormément.

Le premier pas n’est alors pas forcément de prendre immédiatement la clé.

C’est parfois seulement de la laisser dans le tiroir…

sans claquer la porte.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *